20 novembre 2007
appel et RDV de l'intersyndicale de Paris 8
texte de l'intersyndicale au format texte : P8_Tous_en_gr_ve_le_20_novembre
Tous en grève le 20 novembre
Les
fédérations de l’éducation nationale dénoncent une politique gouvernementale
qui va à l’encontre de la réussite de tous les jeunes.*
Avec 11200
suppressions de postes à la rentrée 2008, s’ajoutant aux milliers de suppressions
de ces dernières années et au chômage croissant des précaires, une nouvelle
étape est franchie dans la dégradation du service public d’éducation. La
formule du premier Ministre annonçant « moins de services, moins de personnels,
moins d’état » va se traduire par des régressions inacceptables tant pour les
élèves et les jeunes que pour les personnels.
Les
conditions d’encadrement et d’enseignement vont atteindre un point critique.
Les écoles, les établissements et les services les plus fragiles verront leurs
difficultés accrues, les inégalités s’accentueront. L’offre de formation sera
réduite, l’objectif de la réussite de tous les élèves compromis.
Les
personnels verront leurs conditions de travail se détériorer d’avantage. La
précarité s’accentuera encore. Le pouvoir d’achat continuera de se dégrader et
les garanties statutaires sont menacées.
La loi
relative aux « Libertés et Responsabilités des Universités » est une première
illustration de cela en ce qu’elle organise la concurrence entre universités,
le recours aux emplois contractuels et précaires contre le statut de la
fonction publique, au détriment de l’exigence d’égalité et de qualité du
service public d’enseignement supérieur.
La
mobilisation pour la défense du service public passe par une lutte convergente
avec celle des étudiants pour l’abrogation de la loi LRU.
Face à
cette politique, les organisations syndicales
Ferc-sup CGT,
SNASUB-FSU, SNESUP-FSU, SNPREES-FO de l’université Paris 8,
estiment
que l’heure est venue d’une riposte d’envergure pour obtenir, l’abrogation de
la loi LRU, un nouveau budget et donner un nouvel élan au système éducatif.
Elles
appellent les personnels à participer massivement à la grève et aux
manifestations du 20 novembre dans le cadre de l’action Fonction Publique.
Alors que
le gouvernement s’acharne à vouloir nous diviser et n’hésite pas à utiliser la
répression comme réponse aux revendications, il nous faut faire de cette
journée du 20 novembre, une grande journée de revendication.
Pour
l’abrogation de la loi LRU
Pour la défense de la Fonction Publique
3 dates
importantes :
Les présidents d'université ne parlent pas en notre nom
Texte paru dans Le Monde daté du 19.11.07. Lien vers le journal. L'article en PDF : Le_Monde_19nov2007.
Le renforcement des pouvoirs que prévoit la loi Pécresse occulte les positions critiques des enseignants et des autres personnels
Depuis le début du mouvement étudiant contre la loi réformant les universités, dite loi Pécresse, il est frappant de constater à quel point est massivement présente, dans les témoignages recueillis par les journalistes, la parole des présidents d'université. Etant admis qu'une communauté universitaire comprend pour l'essentiel trois composantes (étudiants, enseignants et personnels administratifs), tout se passe comme si, pour connaître l'avis des deux dernières catégories, le seul avis des présidents d'université suffisait.
Certes, ceux-ci sont élus parmi leurs pairs enseignants, mais la légitimité de l'élection n'en fait pas pour autant les uniques représentants des centaines d'enseignants et de membres du personnel de chaque université. Et ce, d'autant moins que la loi en question est un curieux hybride d'idéologie néolibérale et d'aspirations dominantes au sein de la Conférence des présidents d'université (CPU), qui ne datent pas de l'élection de Nicolas Sarkozy et qui sont partagées par des présidents de bords politiques différents, la fonction tendant à transformer la personne.
Or, au-delà de tous les risques déjà dénoncés (paupérisation de certaines universités, désengagement financier de l'Etat, remise en cause des statuts de certains personnels par l'extension du domaine de la contractualisation, etc.), la nouvelle loi conduit à un renforcement sans limite des prérogatives des présidents, que ceux-ci se gardent bien de contester.
Assez curieusement ceux-là même qui se plaisent à rappeler à tout instant - y compris dans l'étonnant éditorial du Monde du 14 novembre - l'approbation de la nouvelle loi par la CPU se gardent bien de la mettre en rapport avec les nouveaux pouvoirs conférés aux présidents par la loi Pécresse. Pour comprendre les enjeux de cette affaire, il vaudrait mieux d'ailleurs éviter de postuler un conflit caricatural opposant les modernes et dynamiques partisans de la réforme aux opposants archaïques, empêtrés dans l'immobilisme.
Or, il convient de rappeler que la nouvelle loi ne se justifie en rien par la nécessité de dépasser un régime d'assemblée anarchique, qui interdirait les décisions claires. Avant même son vote, les institutions des universités françaises étaient déjà affectées par un fort tropisme " présidentialiste ". A titre indicatif, le président n'était en rien responsable devant les conseils centraux de l'université et, en cas de conflit sérieux, la seule arme qui demeurait au conseil d'administration était de refuser de voter le budget annuel (faisant ainsi courir à la communauté le risque d'une administration rectorale directe). Si le conflit ne trouvait pas de solution, le seul espoir était une démission présidentielle, puisque aucun type de vote de défiance ou de mise en minorité ne pouvait conduire à une remise en cause du pouvoir attribué le jour de l'élection. Les seules limites à ce pouvoir tenaient à ce qu'il allait de soi qu'un certain nombre de domaines ne relevaient pas du champ d'action du président, notamment pour le recrutement des enseignants, et que la responsabilité de la politique scientifique de l'établissement était largement partagée avec le conseil scientifique.
Ces fragiles garde-fous disparaissent avec la nouvelle loi : le conseil d'administration perd toute possibilité de refuser le budget et le champ des prérogatives présidentielles s'accroît considérablement (y compris pour les recrutements d'enseignants), comme si l'hyperprésidence sarkozyste constituait un nouveau modèle pour toutes les hiérarchies sociales et pour toutes les formes de gouvernance.
Cette loi rend possible - tout dépendra de la personne appelée à occuper ces fonctions - une forme de despotisme présidentiel dont on peut craindre qu'il ne soit pas toujours éclairé. Ce faisant, se développeront symétriquement, à des degrés inconnus jusqu'alors, une concentration de tous les pouvoirs entre les mains d'un nombre de personnes extrêmement limité et, partant, d'inévitables pratiques de clientélisme.
La politique scientifique des établissements risque d'en être profondément affectée, car nous aurons alors affaire à une nouvelle université où la possibilité d'un développement de tous les types de recherches sera soumise aux décisions des mêmes individus, pour le plus grand malheur de la pensée critique.
Il est fondamental que les universitaires affirment que ce combat contre la loi votée en août dans la précipitation est aussi le leur. Il est urgent que les organes de direction prennent clairement position contre elle, comme l'ont fait à plusieurs reprises le président et les instances élues de l'Université Paris-VIII à laquelle nous appartenons. Il serait bon que les rares présidents qui ne veulent pas de ce surcroît de prérogatives et en mesurent les dangers le disent clairement. Il faut enfin que les enseignants et les membres du personnel s'organisent pour faire entendre leur voix et pour dire que les déclarations des présidents d'université et les communiqués de la CPU ne traduisent pas ce que beaucoup d'entre nous pensent de cette loi. Bref, il faut faire savoir que certains ne parlent pas et ne parleront pas en notre nom.
Pierre Bayard, Denis Bertrand, Alain Brossat, Martine Créac'h, Françoise Crémoux, Jean-Louis Déotte, Jean-Louis Fournel, Bertrand Guillarme, Serban Ionescu, Tiphaine Samoyault, Mireille Séguy
sont enseignants de l'université Paris-VIII Vincennes-Saint-Denis
"autonomie" en France et en Italie...
En détachement au Soudan, mais toujours en attachement professionnel,
politique et émotif avec vous, je voudrais signer le texte de P8
contre la réforme en cours. En lisant le texte, je me rappelle de tristes
souvenirs, ceux de la réforme de la soi-disant « autonomie » qui a été
imposée à la fin des années 90s en Italie, contre laquelle on s’était battus,
enseignants, étudiants, parents d’élèves et autres encore, sous le
slogan « la scuola non è un’impresa, l’istruzione non è una merce »
(« l’école n’est pas une entreprise, l’éducation n’est pas une marchandise »).
On nous traitait de conservateurs et de visionnaires, mais même si on a
perdu la lutte, aujourd’hui à dix ans de distance on voit bien qu'on avait
raison. C’est une expérience d’ailleurs qui nous pousse à lutter, ici et
aujourd’hui, contre les mêmes ennemis.
Barbara Casciarri
Maîtresse de Conférence
Département de Sociologie – Université Paris 8
19 novembre 2007
Personnels de l’Université du Mirail (Toulouse II) en grève contre la LRU
On nous
dit que le mouvement contre la LRU
est le fait d’ « étudiants minoritaires » : c’est faux
!
Nous, enseignants,
chercheurs, enseignants-chercheurs, personnels de
bibliothèques, ingénieurs,
administratifs, techniciens, ouvriers de
l’université de Toulouse-Le
Mirail, sommes en grève reconductible depuis le 13
novembre pour exiger
l’abrogation de la loi dite LRU (Loi relative aux «
Libertés et Responsabilités
des Universités »). Les trois conseils de
l’université du Mirail
s’étaient déjà prononcés contre cette loi. La voix de la CPU
(Conférence des Présidents d’Université) n’est pas
celle de la « communauté
universitaire ». Celle-ci
s’exprime aujourd’hui dans des assemblées générales
(AG) d’étudiants et de
personnels.
On nous dit que la LRU renforce les « libertés »
des universités : c’est faux !
- La LRU concentre les pouvoirs
entre les mains du président
« Le président de
l’université est élu à la majorité absolue des membres élus du
conseil d’administration
parmi les enseignants-chercheurs, chercheurs,
professeurs ou maîtres de
conférences, associés ou invités, ou tous autres
personnels assimilés »
(art.6) : il est donc possible que le président ne soit
pas issu de l’université.
Le conseil d'administration
est fortement réduit, au détriment de la
représentation des
personnels et des étudiants. (art.7). Les modes d’élection
et de prise de décision
organisent le pouvoir exclusif d’une majorité
présidentielle (art.5, 6,
11). Le conseil scientifique et le conseil des études
et de la vie universitaire
n’ont plus qu’un rôle consultatif (art. 8 et 9).
Le président dispose d’un
droit de veto sur tous les recrutements. Pour le
recrutement des enseignants
et enseignants-chercheurs, les Commissions de
Spécialistes élues sont
remplacées par des « Comités de sélection » dont les
membres sont « proposés par
le président et nommés par le conseil
d’administration... » (art.
25).
- La LRU institue la précarisation
et la soumission des personnels
Le président peut désormais
recruter, pour une durée déterminée ou indéterminée,
des agents contractuels
pour des fonctions techniques, administratives ou
d'enseignement (art. 19). «
Le conseil d’administration définit […] les
principes généraux de
répartition des obligations de service des personnels
enseignants et de recherche
entre les activités d’enseignement, de recherche et
les autres missions qui
peuvent être confiées à ces personnels » (art.19). En
outre, «La LRU vise à permettre à
l’université d’individualiser les
rémunérations pour
récompenser le mérite et l’implication de ses personnels. »
Le Cahier des charges recommande
« de concentrer les primes des personnels
enseignants et de recherche
sur un nombre raisonnable de bénéficiaires pour en
élever le montant moyen et
leur conférer ainsi un caractère incitatif ; de
moduler les primes en
fonction de la manière de servir. » (CF, p.11)
- La LRU érige l' « efficience »
économique en principe de « gouvernance » de
l’Université
La Loi Organique relative aux Lois de Finances (LOLF) ayant déjà
créé les
conditions de la disparition
du service public dans la forme que nous lui
connaissions depuis 1945.
Ainsi, l’Inspection Générale des Finances mentionne
comme « préalables » à la
mise en œuvre de la LRU
: « veiller à ce que la paye
soit assurée sans heurts et
se doter de capacités de pilotage de la masse
salariale et des emplois ».
(CF, p.8).
On nous dit que le risque
de privatisation de l’université est une «contre-vérité » :
c’est faux !
Avec la LRU, toutes les universités
vont avoir à trouver elles-mêmes une part
majeure de leurs ressources
financières. La loi promeut le mécénat (art.28, 30)
prévoit que les universités
peuvent prendre des participations, participer à des
regroupements, créer des
filiales, qu’elles peuvent créer des fondations
(ouvrant droit à
défiscalisation), qu’elles peuvent récupérer la pleine
propriété des biens
mobiliers et immobiliers qui leur sont affectés, et en
transmettre éventuellement
les droits à un tiers (donc, vendre une partie de
leurs bâtiments ou de leurs
fonds documentaires pour équilibrer leurs budgets).
Non seulement
l’indépendance des universités (et des formations) vis-à-vis des
donateurs n’est pas
garantie, mais la survie financière de certaines
universités n’est pas
davantage garantie, dans la mesure où elles seront moins
alléchantes pour les
intérêts privés.
Chaque université devient
concurrente des autres sur le marché des formations.
Chaque président sera
contraint de gérer une entreprise de production de
formations en ayant les
yeux rivés sur l’évolution du marché de la formation.
Il pourra, de fait,
supprimer des filières : « La création, la suppression ou
le regroupement de
composantes sont inscrits dans le contrat pluriannuel
d’établissement » (art.
14).
On nous dit que ceux qui,
comme nous, réclament l’abrogation de la loi LRU sont des
« irresponsables » : au
contraire !
C’est au démantèlement de
l’université que nous nous opposons, en défendant les
principes fondamentaux du
système universitaire :
- Une administration
collégiale (et non pas entrepreneuriale) de l’université.
- Un enseignement donnant
une solide base généraliste à tous les étudiants, pour
former des citoyens
critiques (et pas seulement des salariés dociles ou adaptés
à un seul type d’emploi).
- L’égalité de traitement
de tous les étudiants sur l’ensemble du territoire (et
non l’institutionnalisation
d’un système universitaire à plusieurs vitesses qui
renforcerait les inégalités
sociales au lieu de lutter contre elles).
Certes, la LRU s’inscrit dans une
tendance amorcée depuis plusieurs années
(processus dit de Bologne :
« s’adapter en permanence à l’évolution des besoins
», « rechercher une
meilleure compétitivité du système européen d’enseignement
supérieur », LMD et ECTS).
Mais sa mise en œuvre produirait des changements
difficilement réversibles,
qu’il est urgent d’empêcher !
En refusant la LRU, nous refusons aussi, avec
tant d’autres (salariés
fonctionnaires et non
fonctionnaires, cheminots, avocats, étudiants, lycéens,
sans-papiers, expulsés, mal
logés et pas logés du tout…) un monde exclusivement
soumis à la logique de la
marchandise et du profit, aux mensonges des politiques
et de médias aux ordres.
L’autonomie pour les riches, la pénurie pour les autres
Contribution envoyée à Libération :
En réponse aux 7 présidents d'Univerité
L’autonomie pour les riches, la pénurie pour les autres
Le débat actuel reposé par le mouvement étudiant semble tourner autour de la question de l'autonomie des Universités. Or il s'agit bel et bien de l'inverse. Retournement sémantique, à l'image de ce que Luc Boltanski et Eve Chiapello ont si brillamment décrypté ^1 <#sdfootnote1sym>
En effet, derrière le mot autonomie brandi par Valérie Pécresse, à la suite des ministres socialistes, et à leur traîne la conférence des Présidents d'Université à l'encontre même des instances qu'ils sont censés représenter, il s'agit d'amplifier l'orchestration de la différenciation entre universités que doit permettre la mise en concurrence. Car l'objectif est clairement énoncé : que chaque université fasse valoir sa différence, qu'au nom de celle-ci elle postule au marché des financements, et que les meilleures gagnent. L'autonomie il en sera question certes, pour les « meilleures » d'entre elles. Haro pour les autres, condamnées à s'enliser dans la gestion de la pénurie dont elles seront elles-mêmes responsables puisqu'elles n'auront pas fait la preuve qu'elles sont les meilleures.
Vilain jeu de mots donc que ce terme d'autonomie, cheval de Troie de la concurrentialisation des universités.
Cette mise en concurrence au sein de l'enseignement supérieur n'est pas nouvelle. L'une des caractéristiques de l'enseignement supérieur en France est bien son éclatement. Dès Napoléon pourrait-on dire avec la lignée réservée que sont les grandes écoles. Dès le départ, la discrimination positive, la vraie (sic) – donner le plus à ceux qui ont le plus- est en marche. Depuis les années 1980, ce processus s'est accéléré. D'une part avec le développement d'un secteur directement et explicitement marchand, celui des écoles privées. D'autre part avec le développement des filières dites sélectives – entendez sélectives à l'entrée – comme les BTS et les IUT, dans le cadre du secteur public2 <#sdfootnote2sym> pourrait-on dire Aujourd'hui, il reste à peine un bachelier sur deux pour se diriger vers l'université, quitte à y revenir par la suite après avoir obtenu un premier diplôme de l'enseignement supérieur. Mais avec un effet pervers accentué : le secteur de l'enseignement supérieur qui consacre le budget par étudiant le plus faible est celui qui accueille pour une bonne part les étudiants les moins bien préparés à l'Université.
Les effets d'une telle situation sont dès lors terribles sur les
premiers cycles. Le taux de réussite s'en trouve fort affecté. Comment
s'en étonner ? En donnant le moins à ceux qui ont le moins, le
résultat est moindre. Il n'ya guère besoin d'avoir suivi un cursus
d'école commerciale à la Bolloré comme notre ministre pour subodorer
un tel résultat.
Encore faut-il dire que le résultat est moins pire- si l'on ose dire –
que celui qui devrait être grâce au dévouement de bon nombre
d'enseignants qui ont conservé cet idéalisme archaïque qu'est le libre
accès au savoir.
Mais ne nous cachons pas la réalité. Le statu quo est impossible.
D'autant moins possible qu'à la mise en concurrence déjà évoquée, il
faut ajouter celle qui s'est instituée entre universités elles-mêmes,
à partir de facteurs différents mais se combinant souvent :
environnement socio-économique plus ou moins favorable, nature des
disciplines enseignées, appui plus ou moins prononcé du ministère, etc
La situation pourrait être moins catastrophique du point de vue de la recherche dans la mesure où l'université, en lien avec le CNRS est fort peu concurrencée. Pourrait si l'assèchement n'était pas là. D'autant plus que cet assèchement général, au vu des besoins, reste fortement différencié selon les secteurs scientifiques, au vu d'une visée à échéances rapides en terme d'application (« le retour sur investissement » doit être rapide) sensiblement discriminante. Conception utilitariste fort bien incarnée par notre grand Président dès lors qu'il s'est exprimé sur l'intérêt de tel ou tel champ disciplinaire.
C'est dans ce contexte qu'il faut resituer la loi dite LRU. Non pas comme constituant une surprise, mais comme s'inscrivant dans un long processus d'abandon des logiques de service public pour l'enseignement supérieur. Car face au constat évoqué ci-dessus, l'une des questions posées par la LOI est de savoir si elle est de nature à régler les carences manifestes et orchestrées de l'université ou au contraire à les accentuer.
Au même titre que la réforme dite » LMD (licence, master, doctorats) a été faite au nom des 10 % des étudiants les mieux lotis (ceux en mobilité internationale valorisante – pas ceux venant d'Afrique mais ceux d'Europe circulant en Europe), la LRU est faite pour les 10 % des universités les mieux placées en terme de concurrence. Avec la LRU, celles-ci seront en effet libérées de la contrainte des financements publics pour avoir le droit, encore un peu plus, de s'ouvrir largement aux capitaux privés pour financer leur développement. A financement privés doit correspondre une gouvernance entrepreneuriale (limitation des instances consultatives, « liberté » de recrutement contractuel, extinction d'éventuels lieux de contre-pouvoirs, évaluations sur indicateurs sur mesure, etc)
Mais pour les autres ? Osons imaginer le cas d'une Université en Sciences sociales et humaines, dans un environnement socio-économique défavorable (taux de chômage élevé, emploi qualifié sous représenté, démographie scolaire marqué par le baccalauréat technologique et professionnel, etc), assumant éventuellement des positions politiquement incorrectes quant à la nécessité de la démocratisation de l'enseignement supérieur. ..Force est de constater que la LRU, bien loin de réduire les inégalités entre universités va bien au contraire les accentuer.
Et si cela ne suffisait pas, l'introduction d'une mission supplémentaire formulée en terme d'insertion professionnelle – et non d'avenir professionnel – va contribuer à réduire considérablement l'espace d'autonomie indispensable qu'est celui de l'université à l'égard du système productif. En effet, à vouloir juger l'université sur sa capacité non pas à intégrer des exigences professionnelles en terme de savoirs à construire et de nouvelles professionnalités à concevoir mais en terme de réponse immédiate à la sélectivité du marché du travail intégrant toute ses dimensions discriminatoires, il s'agit bien de conformer l'université aux demandes immédiates des entreprises. La pression de l'état des marchés du travail selon les territoires dans lesquelles sont censées être insérées les universités seront lourdement pénalisantes pour les unes, beaucoup moins pour les autres.
A l'inverse des réformes engagées depuis des années à l'encontre de l'université, et qui vont trouver à s'accélérer avec la LRU, ce n'est pas d'une mise en concurrence débridées dont les universités ont besoin mais bien au contraire d'autonomie scientifique et pédagogique dans le cadre d'une démocratisation nécessaire de l'accès aux savoirs et à leur constructions.
Or pour se faire, la logique de service public – à condition de lui conserver un sens - présente bien plus de garanties de cette autonomie qu'une régulation par le marché.
Autonomie pédagogique et scientifique pour tous dès lors que le cadrage des formations définit un référentiel commun à l'ensemble des établissements d'enseignement supérieur selon la nature et le niveau des formations.
Autonomie pédagogique et scientifique possible pour tous dès lors que le montant moyen de crédit par étudiant pour des études de même nature est comparable (et non dans un rapport de 1 à 5 voire 10 selon les établissements)
Autonomie pédagogique et scientifique encore en vue d'atteindre des objectifs en terme de réussite pour tous et non seulement des meilleurs par une approche hyper sélective.
Autonomie pédagogique et scientifique, fondé sur un lien à la recherche fondamentale et appliquée, qui implique l'acquisition de savoirs fondamentaux disciplinaires tout au long des études universitaires, et un financement pérenne de la recherche qui ne peut se réduire aux contractualisations à relativement brève échéances.
Quitte à prendre le risque d'un discours politiquement incorrect, la priorité dans l'enseignement supérieur est bien plus celui d'œuvrer dans le sens de son unification plutôt que d'une accentuation de son éclatement, car c'est dans un tel cadre égalitaire que les espaces d'autonomie pour les étudiants et les personnels seront les plus larges. En clair, promouvoir une logique de service public versus régulation marchande. Obtenir l'abandon de la LRU serait un premier pas. Il en faudra de toute façon beaucoup d'autres.
François Castaing – Université Paris VIII
1 <#sdfootnote1anc> »Le nouvel esprit du Capitalisme », Boltanski Luc, Chiapello Eve, 1999 Gallimard
2 <#sdfootnote2anc>Peut-on encore parler de service public quand celui-ci est traversé par de telles mises en concurrence ?
article de F. Neyrat
FABRIQUE DES IDEES. La loi dite LRU, propose une nouvelle réforme libérale de l'université qui donne les pleins pouvoirs aux présidents, au détriment de la communauté universitaire elle-même. Premier volet d'une analyse de ce tour de force. Lire l'article : "Les étudiants dans la rue : une mobilisation bienvenue contre la loi dite LRU" dans la revue mouvements.
18 novembre 2007
appel de la coordination étudiante de Tours
Lire l'appel : Appel_de_la_coordination_de_Tours
réaction d'un collègue de P7 sur l'appel et sur la réhabilitaiton des maquettes de diplômes
Chers
collègues,
Je souscris pleinement à
vote remarquable texte, qui présente une analyse de la situation actuelle à la
fois précise, lucide et mobilisatrice.
Je me permets de vous
envoyer en dossier attaché des textes
que j'ai élaborés
localement (Paris Diderot- Paris 7), dans le contexte du
processus dit
"campagne d'habilitation des diplômes 2009-2012" (vague C), ainsi
que la réaction de certains
collègues de mon université.
En effet, les demandes qui
nous sont faites en direction d'un
L1 pluridisciplinaire
(selon moi, il faut comprendre "non-disciplinaire")
et de la pré-pro tous
azimuts, demandes qui se présentent sous le sceau du "bon
sens", qui ont l'air
d'être d'ordre strictement pédagogique et motivées par
les meilleures intentions,
sont en fait parfaitement cohérentes avec la LRU , qui vise à en finir avec l'autonomie (relative)
des composantes et à
laminer en particulier ces
secteurs peu dociles que sont les UFR et départements
de Lettres, de Langue et de
Sciences humaines. Les changements
d'orientation qu'on exige
de nous à l'occasion de ce qui est qualifié de LMD2
(alors que le LMD n'a même
pas été évalué et que nous avons été lourdement mis à
contribution il y a peu de
temps pour mettre en place cette
réforme) constituent des
attaques concertées et systématiques sur les
Licences disciplinaires
générales du secteur LLSHS, cursus que nos autorités de
tutelle aimeraient voir
disparaître au profit de formations calquées sur les
Licences pro (avec stage et
employabilité immédiate, entendue au sens le plus
étroit du terme)
Bref, je crois que nous
sommes sur la même longueur d'ondes,
aussi je vais m'employer à
faire circuler votre texte aussi largement que
possible.
Si j'avais simplement un
élément, non pas à rajouter car il
est présent dans votre
analyse, mais peut-être à développer, ce serait la
question de la
"singularité française", à savoir le système "à 2
vitesses",
classe prépas et grandes
écoles d'un côté, universités de l'autre. L'existence
de ce système, unique à ma
connaissance dans l'ensemble des pays développés
comparables à la France, explique bien des
choses qui restent souvent dans
le non-dit. Toute société
ayant besoin d'un système de reproduction de ses
élites pour occuper les
meilleures places, qui sont en nombre limité, les classe
prépas et les grandes
écoles assument cette fonction, et d'ailleurs elles le
font fort bien (on peut
considérer que la France
produit des élites bien formées
et de qualité). Du coup,
l'université, qui n'accueille pas les meilleurs lycéens
en 1er cycle dans les
disciplines littéraires et scientifiques (le secteur
Médecine et le Droit
représentent des cas différents), se trouve d'emblée
lourdement pénalisée. Nous recevons
certes de bons étudiants, motivés et
disposant déjà de certains
acquis, mais nous avons aussi à accueillir les
publics les moins favorisés
en capital scolaire et économique, les deux allant
de pair évidemment. Un
étudiant de prépa, sélectionné, issu le plus souvent de
milieux relativement aisés,
dont la famille a une bonne connaissance des
stratégies scolaires
payantes, peut consacrer tout son temps aux études et il
reçoit d'ailleurs plus
d'heures de cours qu'un étudiant de l'université.
L'étudiant de 1er cycle à
l'université doit souvent travailler à temps partiel
pour financer ses études,
son milieu social d'origine est en moyenne moins
favorisé économiquement et
culturellement, les familles ne sont pas
toujours au fait des
subtilités du système d'enseignement français. Dans ces
conditions, les élites qui
nous gouvernent et dont les enfants fréquentent
rarement le 1er cycle à
l'université (eux-mêmes ne l'ont guère fait), ont
beau jeu de stigmatiser
l'université et ses 40% d'échec en 1er cycle. C'est
culpabilisant et hypocrite.
Culpabilisant car il s'agit de nous faire accepter
des réformes qui
abaisseront les exigences des formations et permettront de
produire des jeunes gens
employables à bon prix, à des postes de second ordre.
C'est hypocrite car les
dirigeants ne veulent surtout pas d'un succès massif de
l'université, que les
étudiants "réussissent vraiment" serait
contre-productif car ils se
trouveraient en situation de faire concurrence aux
enfants des classes
dominantes pour les meilleures places, celles des
futurs dirigeants dans les
sphères économiques, politiques et médiatiques
(la culture ne représente
pas vraiment un enjeu significatif de ce point de
vue).
Encore bravo pour votre
intitiative en tout cas,
Bien solidairement à vous,
Régis SALADO
MCF Littératures comparées
Responsable de la Licence mention Lettres UFR LAC (Lettres, Arts,
Cinéma)
Contribution_LAC___la_r_flexion_sur_les_Licences_LLSHS.doc
Echanges_divers___propos_des_dossiers_de_Licence.doc
Lettre_aux_responsables_des_Licences_du_secteur_Lettres.doc
17 novembre 2007
Appel des cordeliers : rappel
Appel des Cordeliers
Pour une politique de service public pour l’enseignement supérieur et la recherche
Cet appel a été le premier appel intersyndical national contre la loi LRU : cliquer ici
16 novembre 2007
page récapitulative d'analyses de la LRU
Le site web du SNESup récapitule nombre d'informations : cliquer ici
