18 novembre 2007

réaction d'un collègue de P7 sur l'appel et sur la réhabilitaiton des maquettes de diplômes

Chers collègues,

Je souscris pleinement à vote remarquable texte, qui présente une analyse de la situation actuelle à la fois précise, lucide et mobilisatrice.

Je me permets de vous envoyer en dossier attaché des textes
que j'ai élaborés localement (Paris Diderot- Paris 7), dans le contexte du
processus dit "campagne d'habilitation des diplômes 2009-2012" (vague C), ainsi
que la réaction de certains collègues de mon université.

En effet, les demandes qui nous sont faites en direction d'un
L1 pluridisciplinaire (selon moi, il faut comprendre "non-disciplinaire")
et de la pré-pro tous azimuts, demandes qui se présentent sous le sceau du "bon
sens", qui ont l'air d'être d'ordre strictement pédagogique et motivées par
les meilleures intentions, sont en fait parfaitement cohérentes avec la LRU  , qui vise à en finir avec l'autonomie (relative) des composantes et à
laminer en particulier ces secteurs peu dociles que sont les UFR et départements
de Lettres, de Langue et de Sciences humaines. Les changements
d'orientation qu'on exige de nous à l'occasion de ce qui est qualifié de LMD2
(alors que le LMD n'a même pas été évalué et que nous avons été lourdement mis à
contribution il y a peu de temps pour mettre en place cette
réforme) constituent des attaques concertées et systématiques sur les
Licences disciplinaires générales du secteur LLSHS, cursus que nos autorités de
tutelle aimeraient voir disparaître au profit de formations calquées sur les
Licences pro (avec stage et employabilité immédiate, entendue au sens le plus
étroit du terme) 
Bref, je crois que nous sommes sur la même longueur d'ondes,
aussi je vais m'employer à faire circuler votre texte aussi largement que
possible.

Si j'avais simplement un élément, non pas à rajouter car il
est présent dans votre analyse, mais peut-être à développer, ce serait la
question de la "singularité française", à savoir le système "à 2 vitesses",
classe prépas et grandes écoles d'un côté, universités de l'autre. L'existence
de ce système, unique à ma connaissance dans l'ensemble des pays développés
comparables à la France, explique bien des choses qui restent souvent dans
le non-dit. Toute société ayant besoin d'un système de reproduction de ses
élites pour occuper les meilleures places, qui sont en nombre limité, les classe
prépas et les grandes écoles assument cette fonction, et d'ailleurs elles le
font fort bien (on peut considérer que la France produit des élites bien formées          
et de qualité). Du coup, l'université, qui n'accueille pas les meilleurs lycéens
en 1er cycle dans les disciplines littéraires et scientifiques (le secteur
Médecine et le Droit représentent des cas différents), se trouve d'emblée
lourdement pénalisée. Nous recevons certes de bons étudiants, motivés et
disposant déjà de certains acquis, mais nous avons aussi à accueillir les
publics les moins favorisés en capital scolaire et économique, les deux allant
de pair évidemment. Un étudiant de prépa, sélectionné, issu le plus souvent de
milieux relativement aisés, dont la famille a une bonne connaissance des
stratégies scolaires payantes, peut consacrer tout son temps aux études et il
reçoit d'ailleurs plus d'heures de cours qu'un étudiant de l'université.
L'étudiant de 1er cycle à l'université doit souvent travailler à temps partiel
pour financer ses études, son milieu social d'origine est en moyenne moins
favorisé économiquement et culturellement, les familles ne sont pas
toujours au fait des subtilités du système d'enseignement français. Dans ces
conditions, les élites qui nous gouvernent et dont les enfants fréquentent
rarement le 1er cycle à l'université (eux-mêmes ne l'ont guère fait), ont
beau jeu de stigmatiser l'université et ses 40% d'échec en 1er cycle. C'est
culpabilisant et hypocrite. Culpabilisant car il s'agit de nous faire accepter
des réformes qui abaisseront les exigences des formations et permettront de
produire des jeunes gens employables à bon prix, à des postes de second ordre.
C'est hypocrite car les dirigeants ne veulent surtout pas d'un succès massif de
l'université, que les étudiants "réussissent vraiment" serait
contre-productif car ils se trouveraient en situation de faire concurrence aux
enfants des classes dominantes pour les meilleures places, celles des
futurs dirigeants dans les sphères économiques, politiques et médiatiques
(la culture ne représente pas vraiment un enjeu significatif de ce point de
vue).

Encore bravo pour votre intitiative en tout cas,
 
 
Bien solidairement à vous,

 Régis SALADO

MCF Littératures comparées
Responsable de la Licence mention Lettres UFR LAC (Lettres, Arts, Cinéma)   
 Université Paris Diderot - Paris 7

Contribution_LAC___la_r_flexion_sur_les_Licences_LLSHS.doc

Echanges_divers___propos_des_dossiers_de_Licence.doc

Lettre_aux_responsables_des_Licences_du_secteur_Lettres.doc

R_action_Reims.doc
 

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